mardi 24 novembre 2009

De la pause pipi

En route vers les volcans, où nous devons humoriser, je m’arrête dans un centre Pas Clair pour y faire quelques emplettes. Là, chanceux que je suis, il m’est donné d’assister à la cérémonie de la relève d’une caissière. «T’as combien de pause ?», demande la nouvelle à sa collègue. « Neuf minutes ». Ai-je bien entendu ? «Oui da !», me confirme la charmante hôtesse de caisse. 9 minutes. Et pourquoi pas 10 ? «On a 3 minutes par heure». Pour le pipi, j’imagine. «Et c’est cumulable», m’explique-t-elle. Un peu comme si les caissières avaient une carte-fidélité de la pause pipi.
Je m’emballe : quelle merveilleuse organisation ! (dans les supermarchés, on donne le papier-cadeau, mais on doit s’emballer soi-même). Gageons que sous peu, les pauses ne feront plus 9 minutes, mais 8 minutes 99 (on est dans le commerce, oui ou zut ?). Voire, mieux, 9 minutes 8596, à savoir 3,14 multipliés par 3,14, puisqu’il s’agit de pause pi pi (soyons cohérents). Il y aura de temps à autre des promotions, genre « 25% de pause gratuite offerte en plus au rayon liquides » pour caissières énurétiques (soyons sociaux). Et si vous entendez bruire quelque récrimination au fil des tapis roulants, ce seront médisances de caissières vieilles et paresseuses, tant il est vrai que la paresse mène aux pauses. Les jeunes hôtesses de caisse, elles, célèbreront leurs employeurs. Quand elles se laisseront aller à la jérémiade dans le secret du vestiaire, c’est que les dirigeants des centres Pas Clair les auront autorisées à s’y plaindre quatre fois. Une pause, les musiciens le savent, vaut quatre soupirs.
Et puis, disons-le franco. On nous recommande pour sauver la planète, de ne plus laisser nos appareils en veille. Les hôtesses de caisse sont des machines comme les autres, il serait écologique qu’on cessât de les mettre en pause !

mardi 15 septembre 2009

Du passage à l'acte lacté

Alors, ami(e)s blogogriffu(e)s, qu’est-ce qu’une grève ? Voici ce que nous en confie mon pote Larousse l’Ancien :
Grève n.f. Terrain uni et sablonneux le long de la mer : Errer sur la grève.
Or donc, j’en appelle solennellement aux folles et fous, bref à tous ceux qui ont un grain. Unissons nos grains de sable, et forts de notre tas, faisons-y la grève (… sur le tas !). Errons-y, amers. Et peut-être, sur notre grève, verrons-nous quelque chose qui brille par intermittence : un éclat de mica, une auréole de sage, un clin de phare… au pire un pauvre vieux néon, mais ça vaudra toujours mieux que ce miroir aux alouettes qui brille tout le temps, à nous en aveugler, et qui n’est pas un phare mais un président de la république. Attention, à grand renfort de médias envasés, des marchands nous déversent un sable libéral qui n’aura d’autre vertu que de nous endormir !
Il semble heureusement que les grains s’éveillent, et qu’un grain menace enfin.
Pourquoi les vaches, elles ont froid, demandait-on à la récré ? Eh bé, parce que le lait, ça caille ! Nouveau : le lait se prend désormais un coup de chaud. Et se met en grève. Gare au lait qui bout, disait mon aïeule, il va se sauver de la casserole. Il s’agit bien de cela : on veut les passer à la casserole, alors les éleveurs laitiers montent en température, pour se sauver ! Mais, et loués soient-ils, dans le calme et en réfléchissant. Sur les normes que la commission européenne leur imposa, sur la duplicité de certains leaders syndicaux, sur les modes de production auxquels, sans doute, ils adhérèrent sans trop réfléchir (mais avaient-ils le choix ?), sur l’ahurissante servilité de la presse…
Alors mes amis et voisins l’ont fait : ouvrir la vanne, et vider le tank. C’est un geste grave. Il y eut des larmes. Que vive la grève du lait, pour que point ne prenne la greffe du laid !
Mais nul doute que Nico l’Ancre et ses séides sauront rebondir, et retourner le mouvement à leur profit. Comment ? La grippe A menace. Il urge d’exiger des mamans et nourrices qu’elles aussi fassent la grève du lait. Plus de téton, pas de contamination !
Et merci de vous laver les mains en sortant de cet article…

vendredi 4 septembre 2009

De l'obscur

IlnI, comme maintes féminidées, est cycliquement saisie d’une petite fringale. A savoir un appétit soudain de fringues. Or chaque fois elle nous revient de la ville le mental acidulé. A croire que les modistes ont trempé leurs étoffes dans la diarrhée de l’Erika ou de quelque autre pétrolier sagouin. Y a que du noir ! Rien que du noir ! Toujours du noir ! Oui mais, lance une autre cliente, le noir, ça va avec tout. En effet, Madame, même avec la Mort. Vous exagérez, poursuit notre contradictrice, on ose encore la couleur ! C’est vrai, on se hasarde au rouge sombre, voire au violet foncé, mais sur fond noir. Quant aux chaussures, toutes noires aussi. Pompes funèbres, décidément…
Vaut-ce mieux, cela, le noir de la semelle au chignon, que tchadors et burquas ? Au fond, c’est du pareil au même. Astres délicieux, radieux minois de nos jours, et tendres lumignons de nos couettes, pourquoi vous éclipser ? Oui, vaut-ce mieux, cela, l’invisibilité d’ébène, une peau de nuit dans le plein jour, que tchadors et burquas ? Encore argue-t-on que leurs voiles sont imposés aux femmes d’Orient. Mais vous, belles d’Occident, pourquoi vous noircir de votre plein gré ? De quoi portez-vous le deuil antique ? J’ai mon idée… et vous aussi, sans doute. Le noir va avec tout, peut-être, mais vous, femmes de charbon, femmes de cendre, je ne suis pas certain que vous sachiez où vous allez.

dimanche 10 mai 2009

Du retour du toxicochon

Celles et ceux qui auront eu la curiosité de m’endurer en spectacle n’ignorent plus rien de la charcuterie comique, et du comment ce fléau me transforma naguère en un pitoyable toxicochon. Voilà qui me confère quelque expertise, dont je me prévaux pour rappeler ce jour le b-a-ba prophylactique en matière de grippe porcine.
D’abord il faut rappeler que le danger ne se limite pas aux truies, verrats et gorets. En Amérique du Sud, le pécari aussi est un porcin. On considérera donc avec suspicion tout pétomane hilare.
Gare aux idées reçues. Le porc est gros, mais il est beau. En général, le laid est plutôt sanglier, tandis que, vraiment, le porc est mignon, surtout dans le filet. Certes, une femme qui a un porc de reine n’est pas fatalement une cochonne, mais il se peut qu’elle se soit laissée conte-à-minet. Pour s’en assurer, on vérifiera si elle est mignonne aussi dans le filet.
Le porc grogne. Le porc est un grognon. Attention : si votre bru vous colle un gros gnon, c’est qu’elle vous a pris en grippe (quelle pêche, ce bru-gnon !).
Méfions-nous des messieurs pareillement. En tout homme sommeille un cochon. S’il s’éveille, que déciderez-vous, mesdames : le porc oui, ou le porno ?
Outre les femmes et les hommes, une autre catégorie à risques : les chômeurs, qui en général se sont faits virer. N’oublions pas que la grippe est une maladie d’origine virale. On interdira judicieusement les attroupements de chômeurs (elle tombe à porc-épic, cette épidémie !). On sera moins regardant avec les joueurs de pétanque, qui sont déjà malades. En effet, si les chômeurs ont les boules, les pétanquistes ont les boules et le cochonnet.
Certaines attitudes doivent nous alerter, qui trahissent le grippé porcin : un regard en groin, par exemple, ou un mot de travers. Ou encore un charcutier qui vous fait l’apologie du plat de côte. Comment une côte peut-elle ni monter ni descendre ?
Mais en vérité, comme le souligne mon ami Odilon Kandicour, le célèbre saucissologue, « pour échapper au mal, il n’est que de cultiver une âme saine dans un porcin ! ».

mardi 3 mars 2009

Des endives et des endymions

Aux amis du chicon, je ne saurais trop recommander la glose désespérée que lui consacra Pierre Desproges (in Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis). « Fade jusqu’à l’exubérance », ce légume imprègne qui le consomme au point que « l’homme qui s’adonne à l’endive est aisément reconnaissable, sa démarche est moyenne, la fièvre n’est pas dans ses yeux, il n’a pas de colère et sourit au guichet des Assedic ». On ajoutera que l’endive et le prolo ont encore cela en commun d’être obtenus par forçage dans l’obscurité. Or au sortir de l’hiver, les endives guadeloupéennes trémulent de la paupière. On les croyait bel et bien blanchies, mais par une endivine surprise, les endives reprennent des couleurs. Hélas, d’outre-tombe, Desproges n’écrira pas d’hommage au radis noir.
Pendant ce temps, perce en nos chemins sylvestres le vert décidé des endymions penchés dont les bleues corolles embaumeront le printemps naissant, mais moins bien quand même que n’odorifèrent entre les gondoles des grands magasins les vesses alambiquées des parfumeurs industriels. Le mystère de l’endymion penché réside en cela justement qu’il penche. Pour qui, pourquoi ? La réponse n’est pas à la hauteur de l’espoir suscité par cette fleur gracile et précoce. Le berger Endymion obtint de Zeus qu’il demeurât plongé dans un sommeil sans fin, de sorte qu’il ne vieillirait point. En réalité, si l’endymion penche, c’est qu’il s’apprête à tomber de sommeil.
Dans le sombre purgatoire de l’Avaleur-Travail, la fade et souffrante endive s’éveille et se dresse. Dans l’Eden arboré, l’endymion, bel indifférent, penche et pionce. Emerge de ton rêve, Endymion, entends le cri des endives en colère : « chiquons ! chiquons ! chiquons ! ».

mercredi 10 septembre 2008

De la bimbeloterie




A Taipei, en compagnie de Serge Dreyer, de Vincent Ruche et de votre Blogographe, vingt-cinq étudiants d’Asie ont ensemencé une graine machicotienne. Ainsi est né à l’Orient le Cirque du Détour…
Retour d’Asie. La sensation d’être éjecté d’un vortex bariolé. Taipei l’immense, populeuse et qui bosse, noria de scooters et de rires, enchanteresse aux papilles et parfois démoniaque au nez. Densité record mondial, course au pognon, arsenic en goguette, certes… mais on se sent si fluide en arpentant les venelles blindées bondées. Pas de tags pissouilleux marquant de tristes territoires, nulle resquille dans le métro, le vendeur qui te rattrape pour te rendre la monnaie qu’il aurait pu facilement te carotter vu que tu piges couic à la langue et aux idéogrammes. Les femmes gracieuses, les hommes courtois, l’élégance en simple T-shirt. Le regard aérien, tandis qu’au sol le poisson cru côtoie la bouche d’égout. Et les dieux et les fantômes qui se partagent un gâteau de lune au sommet des hyper-buildings. C’est imparfait, Taipei, comme partout : l’enfer pour certaines, le purgatoire pour beaucoup et l’illusion paradisiaque pour quelques uns. La mégapole a ses parfums, mais au moins ça ne sent pas l’eau de Javel. On me disait : la beauté première de Taiwan, c’est son peuple. Je confirme. Taipei la belle.
Retour d’Asie. A Amsterdam, déjà, la pression, l’agressivité quasi palpable dans la file d’attente alors qu’on est tous sûrs d’embarquer. Mon Ethargie de l’Ouest, qui me paraît désertique. Il me faut descendre à Pont-Triste-Vie pour y poster un colis. Dans le hall de la poste, je tombe des nues. On y vend désormais des albums timbrés, OK, des crayons de couleur, passe encore, mais aussi des films en DVD et même… des pochettes-surprises ! Je proteste, rejoint en cela par un brave monsieur qui nargue de son mégot le sanitairement correct et de sa gouaille la résignation convenue : « moi, lance-t-il, l’autre jour j’ai demandé une boîte de cassoulet, mais y en avait pas ! ». Le service public s’apprête à fermer les deux agences proches de chez moi, et se privatise en loucedé, se la joue bimbelotier. Ca ne colle pas, ce pauvre étal ici. Pour tout dire, c’est minable.
A Formose, il n’est pas un quart de mètre carré qui ne soit petit commerçant. Pourtant ça ne vous oppresse pas, ça coule comme une évidence millénaire. Ici, n’en déplaise aux speedés d’une Ethargie libérale, pareil foisonnement n’est pas dans notre culture. L’Asie triomphera si elle reste naturelle et se gaufrera si elle persiste à nous singer. Ibidem, la notion de service public est la garantie de notre survie, et à vouloir multiplier hors de raison l’écu sonnant et trébuchant, nous trébuchons déjà, et nous en sortirons sonnés.

mercredi 18 juin 2008

De l'amourhhée

J'ai planté trois petits palmiers dans mon jardinet simplet. Faut-il les arroser? L'ami Stang, qui vient à passer, m'en dissuade. D'une main d'autorité, il creuse le sol dessiqué. Plus en profondeur, la terre est humide. "Les racines vont devoir s'allonger pour aller chercher l'eau", conclut-il. "Ainsi tes arbres seront mieux ancrés, plus résistants. Si tu arroses, les racines se la joueront feignasses, en surface. Et au premier grand vent, au revoir tout le monde!".
Ainsi de l'amour, soliloqué-je sous l'oeil ahuri de mes melons et pimprenelles. Je sentimente, au débouché d'une scrutation quinquagénaire du biotope où je m'emberlificote, que plus ça va, plus les gens aiment leurs mioches. Et que ça sirupe à tire-larigot, au kilomètre au kilo! C'est-y qui qu'on aime vraiment quand on aime autant? Va savoir. C'est-y quoi qu'on ancre en soi? Et ces enfants trop imbibés,aux racines aériennes, résisteront-ils à l'ouragan prochain?
Tu sais quoi, camarade blogogriphu(e)? En ce trop-plein d'amour déversé, j'en viens à regretter le voussoiement, la distance, le respect de la porte close, le danger du silence. Certes, du temps de la crinoline, ça swinguait sec de la névrose dans les familles réfrigérées. Mais l'excès inverse? L'amourrhée, je l'appelle, est un fléau tout pareil.Une pathologie qui s'hérédite. Une maladie orpheline, comme on dit fort à propos. Car elle fait des orphelins d'enfants qui ont trop de parents.
Ceci posé, je l'avoue, j'ai quand même arrozilloté mes palmiers. Quelques gouttes. La juste mesure, espéré-je...